Interview de Mgr Shomali sur la paix en Terre Sainte

Après l'Aipac (American's pro-Israël lobby) lundi dernier, Benyamin Netanyahu s'est adressé mardi au Congrès américain, quelques jours après un désaccord public avec le Président américain Barack Obama sur le processus de paix. Mgr Shomali, évêque pour Jérusalem et les Territoires Palestiniens revient dessus.




Après l'Aipac (American's pro-Israël lobby) lundi dernier, Benyamin Netanyahu s'est adressé mardi au Congrès américain, quelques jours après un désaccord public avec le Président américain Barack Obama sur le processus de paix. Mgr Shomali, évêque pour Jérusalem et les Territoires Palestiniens revient dessus.

1. Quelle analyse portez-vous sur les discours du Président américain Obama et du Premier ministre israélien Netanyahu ?

L'attitude américaine était très attendue. Les américains ont beaucoup d'influence sur le futur de la paix en Terre sainte. Le Président des Etats-Unis, Barack Obama a affirmé un point important : les palestiniens ont droit aux 22% des Territoires occupés par Israël en 1967. Il a aussi dit que la paix dépend du retrait d'Israël de ces Territoires pour faire place un Etat palestinien.

Il a ajouté qu'il y a possibilité d'échange des territoires entre les deux peuples, entre les israéliens et les palestiniens. En soi, ce sont des prémices très importantes pour la paix qui vont de paire avec les deux résolutions des Nations Unies de 1967 (2.4.2 et 3.3.8). Pour moi, le discours de Barack Obama - si on se limite à ce point - est très très positif. Il nous donne beaucoup d'espoir. Seulement, dans son deuxième discours devant l'Aipac, le président américain a semblé se rétracter un peu. Et donc, cette attitude américaine d'hésitation n'aide pas la paix.

Le Premier ministre Israëlien, Benjamin Netanyahu a fait un discours qui a été très applaudi au Congrès américain. Il a limité sa réflexion sur le fait qu'Israël est un Etat pour les juifs. Considérant cette affirmation comme préalable, il a tiré les conclusions suivantes :

- Il n'y a pas de retrait jusqu'à la frontière de 48 puisque toute la Palestine appartient selon lui aux juifs.
- Il n'y a pas de place pour les réfugiés. Cela peut menacer le caractère juif de l'état d'Israël.
- Jérusalem devra rester une cité juive : la capitale éternelle d'Israël.

De fait, le discours du Premier ministre israélien était très cohérent avec l'idéologie sioniste. Mais, justement placer le problème d'une telle façon creuse « le fossé culturel » qui existe déjà entre les israéliens et les palestiniens. J'ose même dire un « fossé idéologique ». Benjamin Netanyahou a mis en évidence tout ce qu'il pense. Avant on le devinait. Maintenant on le sait. Il l'a dit clairement. Mon impression est que la paix apparaît plus lointaine.

2. Quelles conséquences pour la réconciliation Hamas / Fatah ?

Le Hamas est une idéologie, donc on se retrouve dans le « même bain », dans le même fossé idéologique entre les deux camps. Le Hamas manque de flexibilité. Avant de demander à Benjamin Netanyahou d'être plus flexible, il devra l'être aussi. Si chacun raidit ses positions, la paix s'éloignera toujours plus. Le Hamas devrait reconnaître au moins qu' Israël a le droit à l'existence sur les frontières de 48. La conséquence de cette affirmation, montre que les 22% des Territoires restent l'apanage des palestiniens. Donc, le même fait que le Hamas puisse reconnaître le droit d'Israël à l'existence sur 78% des Territoires palestiniens marque aussi la reconnaissance que les 22% restant reviennent aux palestiniens. Je souhaite et je prie pour que le Hamas soit plus flexible.

3 . Et le rôle des chrétiens de Terre Sainte dans le processus de Paix ?

Premièrement, nous chrétiens, nous comprenons très bien les deux positions. Nous comprenons le besoin des palestiniens d'avoir un état sur les 22% des Territoires occupées. D'ailleurs le monde partage cette idée, même les américains. Ce n'est pas simplement une idée chrétienne mais internationale. Il doit y avoir deux Etats viables avec des frontières sûres et sécurisées. Un Etat palestinien et un Etat israélien qui vivent côte à côte, en paix. Ce serait le rêve. Un rêve qui devra devenir réalité. On comprend qu'Israël devra aussi avoir une paix sûre. Israël est un petit pays de 20 000 km2 entourés de pays arabes et musulmans. Je le comprends très bien. Les chrétiens doivent reconnaître qu'ils peuvent être un pont dans « ce choc culturel ». Ils appréhendent l'importance de reconnaître leurs droits aux palestiniens. Et ils reconnaissent les liens historiques forts qui existent entre la Terre Sainte et les juifs.

Deuxièmement, je pense que la paix est possible si chacun fléchit ses positions rigides. On peut arriver à un compromis qui correspond à la légitimité inter-nationale. Notre rôle de chrétiens c'est d'affirmer les besoins légitimes des deux. Et de dire que cette paix est possible.

Troisièmement, en plus, nous pouvons soutenir cette position par la prière des fidèles, de tous les fidèles (juifs, chrétiens et musulmans). Je le dis en pleine connaissance de cause. Une prière sincère est plus forte que tous les discours des politiciens. Il faut continuer à prier même si le résultat ne viendra que dans cinq ou dix ans. C'est peu de choses dans les yeux du Seigneur.

Propos recueillis par Christophe Lafontaine

Montage vidéo : Alban Vallet